Le mot « Marseille » ne protège pas le savon, la composition si

Le nom n’étant pas protégé, seule la composition renseigne : quatre familles d’ingrédients, 72 % d’huile végétale minimum et une fabrication dans le 13.

Patrick Joubert Par Patrick Joubert
3 min de lecture
Le mot « Marseille » ne protège pas le savon, la composition si
Un pain de savon artisanal à la tranche garnie de pétales séchés, tenu entre les deux mains.

En bref

  • L’appellation n’est pas protégée par la loi : le mot ne prouve rien sur le contenu du cube.
  • La liste INCI doit se limiter à des huiles végétales saponifiées, de l’eau, du sel marin et de la soude.
  • Le 72 % désigne le total des huiles végétales, pas la seule huile d’olive.
  • Dureté, faces nettes et estampille dans la pâte complètent la vérification.

Un pain vert ou beige portant la mention « Marseille » ne garantit rien : aucune protection légale ne réserve ce terme. Selon maison-travaux.fr, un fabricant industriel est libre de l’inscrire sur une pâte produite très loin de la Provence, composée de graisses animales, de parfums de synthèse ou de colorants éclatants. À l’œil, le cube paraît traditionnel alors que sa recette ne l’est plus. Pour la salle de bain, quelques secondes de lecture suffisent à faire le tri.

Un nom libre, un cadre posé par les professionnels

Pour sortir de ce flou, l’Union des Professionnels du Savon de Marseille (UPSM) a défini ce que doit contenir un savon traditionnel : des corps gras végétaux, de l’eau, du sel marin et de la soude. Cela représente quatre familles d’ingrédients au maximum. Dans ce cadre, le produit ne comporte ni parfum, ni colorant, ni conservateur, ni additif.

72 %d’huile végétale au minimum
4familles d’ingrédients au maximum
13le département de fabrication, les Bouches-du-Rhône

Deux autres exigences s’ajoutent : une teneur d’au moins 72 % en huile végétale, et une fabrication dans les Bouches-du-Rhône, soit le département 13. La méthode marseillaise suppose en outre une cuisson au chaudron menée en plusieurs étapes.

Le réflexe en rayon : retourner le paquet

Devant le rayon, le geste le plus sûr est de tourner l’emballage pour lire la liste INCI. Pour un savon traditionnel, elle mentionne seulement des huiles végétales saponifiées, de l’eau, du sel marin et de la soude. Si elle s’allonge ou devient illisible, le produit n’est plus le même.

Une main tient un pain de savon rectangulaire gris foncé à la surface ondulée, devant un fond beige uni.
Un pain de savon gris foncé posé sur la paume d’une main, devant un fond uni. Photo : Meruyert Gonullu / Pexels
  • Une liste courte, qui s’en tient à ces quatre familles.
  • Pas de terme comme parfum, fragrance, colorant, conservateur ou EDTA.
  • Un fabricant domicilié dans les Bouches-du-Rhône, de préférence avec le chiffre 13 indiqué.

Décoder l’INCI sans être chimiste

Les noms de la liste peuvent intimider, mais cinq correspondances couvrent l’essentiel.

Terme INCI Ce que c’est
Sodium olivate huile d’olive saponifiée
Sodium cocoate huile de coco ou de coprah saponifiée
Aqua eau
Sodium chloride sel
Sodium hydroxide soude, qui déclenche la saponification des huiles

Si la liste ne montre que ces familles, on reste dans l’esprit du procédé marseillais. Le 72 % prête à confusion : il fixe un plancher pour l’ensemble des huiles végétales, et non pour la seule huile d’olive. Pour savoir laquelle prédomine, on compare la position du sodium olivate et celle du sodium cocoate dans l’énumération.

Ce que le cube révèle à la main

Une fois le pain en main, la matière apporte d’autres indices. Un savon de Marseille authentique se montre dur et homogène, sans marbrures artificielles, et ses faces sont nettes. Il arrive que « 72 % » ou « extra pur » soit estampillé directement dans la pâte, et que la teneur minimale en huiles végétales figure aussi sur le cube.

Sur l’emballage, certains fabricants apposent le logo de l’UPSM, un repère de plus, mais c’est la composition qui tranche. En cuisine, un autre produit de la maison mérite la même attention : le savon noir sur la crédence.

Photo : Meruyert Gonullu / Pexels

Patrick Joubert

Bureau, chambre, salon, cuisine, salle de bain et jardin

Patrick Joubert

Patrick Joubert a tenu pendant trente ans un magasin de meubles à Niort avant de prendre sa retraite. Il écrit sur les salons, les salles à manger, les cuisines et les extérieurs, avec un faible pour le mobilier qui se répare. Il repeint chaque printemps les chaises de sa terrasse, jamais dans la même couleur.